Alors que les inscriptions mentionnées sur les emballages de lait servent principalement d’outil marketing, certains emballages contiennent des produits réellement différents. Via l’élevage, le choix de la race, l’affouragement ou la méthode de gestion, le producteur peut réellement influencer les teneurs. Pour que ces dernières évoluent dans le sens souhaité, plusieurs conditions doivent être réunies.
Intérêts économiques
Le contrôle du lait sert souvent de base pour le paiement à la teneur : chaque producteur est contrôlé deux fois par mois sur mandat de la Confédération. L’analyse porte sur le nombre de germes et de cellules, les substances inhibitrices et les teneurs en matière grasse, en protéine, en urée et en autres composants. Il est par conséquent logique que l’agriculteur souhaite influencer les teneurs du lait, pour des raisons financières notamment.
Il y a protéine et protéine
La protéine est constituée à hauteur de 77 % de caséine, qui est un ingrédient essentiel pour la production fromagère. La caséine influence fortement le rendement en fromage. L’agriculteur est informé du type de caséine de ses animaux via la sélection génomique. La variante B améliore l’aptitude à la transformation en fromage et est fortement représentée chez les vaches Race brune originale. Ce critère n’est malheureusement pas vraiment pris en considération dans le cadre du paiement à la teneur. Bon nombre de producteurs tiennent néanmoins compte du type de caséine au moment de choisir un taureau, et ce depuis longtemps.
Interprétation du graphique concernant la protéine / l’urée
Outre la teneur en protéine, la teneur en urée peut servir d’indicateur pour ajuster l’affouragement. La teneur en urée permet de tirer des conclusions sur l’approvisionnement en énergie et en protéine brute. Le schéma d’interprétation mentionné sur le rapport de contrôle du CL fournit des informations à ce sujet. Certains principes doivent cependant être respectés. Le principe le plus important consiste à pratiquer un affouragement stable et à ne pas le modifier avant le contrôle laitier. La ration ne peut pas être ajustée sur la base de valeurs individuelles isolées sachant qu’il existe toujours des extrêmes au sein d’un groupe.
Idéalement, les vaches devraient intégrer des groupes différents en fonction de leur stade de lactation. Ces groupes serviront de référence pour adapter l’affouragement.
Résultats du contrôle laitier
Les contrôles laitiers qui s’effectuent à un intervalle moyen de 34 jours permettent à de nombreux producteurs d’obtenir des résultats probants sur les teneurs du lait et la qualité de ce dernier. Les résultats obtenus aident à tirer des conclusions sur l’affouragement et l’état de santé individuel des vaches. Les glycoprotéines, qui correspondent globalement à une liaison entre des sucres et des protéines, permettent même de déterminer si une vache est gestante ou non. En 2018, le test de gestation par le lait « Fertalys » a servi à déterminer le statut de gestation de quelque 80 000 vaches via Braunvieh Schweiz (Race brune Suisse). Concernant cette race, cela signifie qu’en 2018, une vache sur deux au bénéfice d’une lactation clôturée a été analysée. Selon le laboratoire chargé de l’analyse, les vaches gestantes sont identifiées comme telles avec un degré de sécurité de 98,7 %.
Pour les conseillers en affouragement, les résultats du contrôle laitier ( CL ) sont un outil important pour évaluer l’affouragement. La teneur en protéine est surtout influencée par l’approvisionnement en énergie. Elle peut être améliorée par la production de protéine microbienne au moyen d’un apport en énergie.
La teneur en graisse peut être influencée dans le sens souhaité par la structure de la ration et sa composition. La mobilisation de la graisse corporelle contribue elle aussi à augmenter la teneur en graisse ( acétonémie ou cétose ). Plusieurs facteurs interagissent et peuvent se compenser mutuellement, ce qui complique l’interprétation. Les vaches peuvent par exemple être affectées simultanément par une cétose et une acidose en début de lactation, en raison d’une ingestion trop faible. L’acidose se solde par une réduction de la teneur en graisse dans le lait alors que la cétose entraîne une augmentation de la matière grasse. L’interaction d’une cétose et d’une acidose peut se traduire par une teneur en graisse normale.
Des teneurs en acétone élevées fournissent des indications sur l’état de santé de la vache. En présence d’un bilan énergétique durablement négatif, la teneur en acétone du lait augmente, en plus de celle en matière grasse. Les vaches fraîches vêlées sont particulièrement touchées par ce problème. En cas de mammite, on assiste à une chute des teneurs en lactose.
Impact de la sélection
Les teneurs du lait sont aussi influencées par la génétique. Le choix de la race permet déjà de poser un premier jalon. Au sein d’une même race, on constate des écarts importants. L’impact de la sélection sur un critère donné dépend surtout de l’héritabilité et du taux de corrélation, c’est-à-dire de la proportion dans laquelle un critère est influencé par l’environnement ou par les gènes et de la corrélation entre ce critère et d’autres critères.
Chez la race brune, la quantité de protéine présente par exemple une héritabilité de 0,34, contre 0,30 pour la matière grasse. Les héritabilités oscillant entre 0,2 et 0,4 sont qualifiées de moyenne.
Grâce à une corrélation positive élevée de +0,88, la quantité de protéine peut être accrue facilement en augmentant le niveau de production laitière. Il est en revanche difficile d’améliorer simultanément le niveau de production laitière et la teneur en protéine, ces critères étant corrélés très négativement entre eux. En ce qui concerne les cellules somatiques, les gènes ont un impact plutôt restreint avec une héritabilité de 0,22.
Valeurs d’élevage
Les critères qui présentent des héritabilités moyennes ou faibles peuvent être influencés par la sélection, comme le démontre par exemple le travail de diplôme réalisé par l’agro-technicien Daniel Elmer. Ce travail de diplôme traitait de la confirmation des valeurs d’élevage génomiques, en comparant les performances phénotypiques des primipares avec les valeurs d’élevage génomiques optimisées ( VEGO = valeur d’élevage génomique directe combinée à la valeur d’élevage ascendance ) de ces mêmes animaux en bas âge, en avril 2016. Pour ce faire, 418 sujets de race brune issus de 60 exploitations ont été groupés selon la VEGO. Le comparatif a démontré que les groupes avec la VEGO la plus élevée étaient aussi ceux qui présentaient les meilleurs résultats phénotypiques pour les critères concernés. La même constatation a été établie pour les teneurs en protéines et en cellules somatiques ( héritabilité faible à moyenne ). En ce qui concerne les cellules somatiques, les deux groupes affichant les meilleurs résultats se situaient certes au même niveau phénotypique. Ces deux groupes se distinguaient par contre par des résultats nettement supérieurs à ceux des groupes présentant des valeurs d’élevage moyennes ou négatives.
Au moment de choisir un taureau, il vaut par conséquent la peine de tenir compte des valeurs d’élevage concernant les teneurs et les numérations cellulaires. Lors de chaque estimation de la valeur d’élevage, Braunvieh Schweiz publie des listes des géniteurs assurant les meilleures teneurs du lait. Les teneurs du lait étant influencées par de nombreux facteurs, il existe plusieurs moyens pour les améliorer.